Chaillot, 3 salles de théâtre en moins


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CHAILLOT : TROIS SALLES DE THÉÂTRE PUBLIC EN MOINS À PARIS !

L’annonce récente de ne pas renouveler le poste de l’actuel directeur Ariel Goldenberg à la direction du Théâtre national de Chaillot n’est pas une nouvelle de changement comme les autres ! La décision du gouvernement est de supprimer le théâtre de texte à Chaillot pour y créer un pôle national de la danse, de cultures urbaines et de spectacles jeune public. C’est n’est pas seulement une très mauvaise nouvelle pour l’ensemble de la profession, c’est une catastrophe pour toute la création nationale et internationale.

C’est étrange qu’une décision aussi importante concernant un lieu phare et chargé d’histoire de la Capitale nous soit tombée dessus un jour presque fortuitement au détour de la lecture d’un journal, ou d’une conversation incertaine. Nous pouvions croire que le Théâtre national de Chaillot était un lieu qui nous appartenait un peu à " Tous ", dont le sort aurait pu faire l’objet d’une consultation sinon d’un débat ; car il ne s’agit ni plus ni moins que de la défense du Théâtre Public.

Il faut se souvenir que le Théâtre national de Chaillot, fut le lieu de Jean Vilar et d’Antoine Vitez. L’un et l’autre croyant à la réelle rencontre entre un théâtre exigeant et le public : " un théatre élitaire pour tous ".

Pour le Théâtre national de Chaillot c’est vraiment étrange : voilà une programmation qui équilibre intelligemment le Théatre et la Danse, avec, dans les deux domaines, des spectacles très grand public ainsi que des aventures plus singulières, à découvrir puis à aimer.

De manière générale ,i l faut du temps, un peu de temps - pas 10 ans, pas 20 ans - mais un peu de temps pour que le public se fédère massivement autour d’un univers de création singulier pour lui rester fidèle, et souvent ne plus le quitter : Pina Bausch, Patrice Chéreau, Christoph Marthaler, Philippe Découfflé, Frank Castorf, Simon McBurney ou Alfredo Arias.

Les directeurs de théâtre participent par leur programmation à ouvrir notre curiosité, à nous interpeller sur des mondes artistiques en devenir. Mais pour qu’il y ait des aventures de création populaire qui naissent et grandissent, c’est au prix d’un long travail d’équipe (des metteurs en scène, chorégraphes, interprètes, administrateurs, techniciens, directeurs de lieu...), et surtout d’une volonté politique forte. Celle de maintenir le goût et la nécessite de la création contemporaine dans l’espace public, au prix d’un peu de temps et d’argent, mais rassurons nous, rien qui ne met en danger l’équilibre du Budget de l’Etat !

La méthode employée aujourd’hui est classique et révoltante : favoriser les uns au dépend des autres, l’éternelle division des troupes qui au final affaiblit l’ensemble de la création artistique publique.

Les orientations du Ministère de la Culture sont clairement dirigées vers l’obsession de la rentabilité et celle du contrôle des résultats. Les pressions subies transforment les artistes et les directeurs de théâtres en ennemis et non plus en collaborateurs. Que le Théâtre Public soit " rentable ", que l’on manipule l’esprit des citoyens pour leur faire avaler cette ineptie est très grave. Le théâtre n’est pas rentable au sens de " l’économie de marché ". Tous les bénéfices de recette du théâtre ne feront jamais le poids des bénéfices obtenus par la vente d’un Airbus, et ce n’est pas le but. Rappelons que même les théâtres privés vivent en partie grâce aux subventions de l’Etat.

Si l’art est indissociable de l’évolution de l’humanité, de son histoire, de ses gloires et de ses drames, si l’homme a besoin " d’exprimer ", ce n’est pas pour des raisons de rentabilité mais par nécessité propre a son état d’humain.

Le jeu du " toi oui, toi non " aujourd’hui est dangereux et usé. Nous créons des spectacles avec des spécificités réelles mais rien qui nous oppose ; nous nous complétons, nous nous inspirons des uns et des autres, nous nous invitons même, dans nos différences. Les séparations " des genres ", sans que l’on pose la question à ceux qui créent, reçoivent et voient des spectacles, est inadmissible.

Le résultat est consternant pour le Théatre national de Chaillot qui voit sa vocation détruite, malgré l’équilibre de la programmation danse/théâtre, malgré l’augmentation de la fréquentation du Public, malgré la bonne santé des bilans financiers après chaque saison.

Nous sommes choqués par la destruction symbolique de la parole dans ce haut lieu de l’histoire du Théâtre Populaire et Public.

Un lieu pour honorer et rassembler la Création Chorégraphique Contemporaine, c’est formidable ! Encore faudrait-il un lieu adapté à son évolution. Mais pour ce faire, pourquoi détruire le théâtre public de texte qui voit son existence de plus en plus menacée par des coupes de-ci de- là ?

QUE VA T-IL SE PASSER ?

Pour signer la pétition : 
http://www.lagenerale.eu/petition.php